COMITE VALMY

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« En marche pour Sa Majesté l’Argent »
par Bruno Adrie

lundi 29 janvier 2018, par Comité Valmy


« En marche pour Sa Majesté l’Argent »

La diplomatie des États occidentaux n’est que la diplomatie des puissances financières qui les subjuguent. Elle est nécessairement perverse car ne disant pas son nom et ne dévoilant pas ses motifs. Bien entendu, les États bourgeois ont toujours été au service de l’Argent. Mais aujourd’hui, les choses vont plus loin et même l’État bourgeois disparaît peu à peu au profit des centres de décision privés. Ce ne sont certainement pas les Grecs qui me contrediront.

Quels que soient les revers subis par cette diplomatie privatisée sur le chemin de Damas, elle s’obstine, remonte en selle, reprend le galop, rien ne l’arrête. L’organisation Daech est-elle vaincue par les forces russes et syriennes, ses porte-glaives qu’on appelle encore États-Unis, Royaume-Uni ou France annoncent qu’ils resteront dans la danse (macabre) car il leur faut gouverner en Syrie, bien entendu pour défendre une liberté pourtant saignée à blanc par leurs spadassins extrémistes-modérés adeptes du dépècement et de la décollation. Ils doivent bien rire les grands-bourgeois, les grands-banquiers, les manieurs d’or qui se cachent derrière les bannières nationales pour fumer des havanes (ironie de l’histoire) et boire des alcools forts dans les salons privés de la conspiration permanente. Je les imagine dans leurs fauteuils, faisant grincer le cuir, lâchant des bouffées de fumée qui dessinent des frontières mouvantes et fugaces vite dispersées par un revers de main. Pendant qu’ils calculent les bénéfices qu’ils comptent tirer du chaos, leurs radios et leurs télévisions trompettent aux oreilles des crédules que la mondialisation est parfaite, qu’elle est inévitable, qu’elle est naturelle et qu’elle apportera la rédemption par la consommation à tous les peuples enfin libérés par l’argent qui circule sans entraves.

Bien entendu, nous le savons qu’elle n’est pas naturelle, cette “mondialisation” qu’on ferait mieux d’appeler par un nom plus approprié, comme “la politique du bélier” par exemple. Car il faut qu’ils s’arc-boutent, les banquiers, pour la faire avancer, il faut qu’ils le portent, tous muscles tendus, leur bélier à renverser les barrières, il faut bien le sortir, l’oseille qui permet d’acheter les consciences, il faut les penser, les coups-bas qu’on réserve à ceux qui refusent de vendre leur âme – comparez les destins de Lula et de Tsipras ! -, il en faut du travail pour déverser sur le monde des tourbillons d’armes propices aux zigouillages de masse, faire rouler des vagues de mort et de désolation et faire marcher les survivants à coups de triques et de bas salaires afin que naisse une croissance qui sera volée dès l’accouchement. Cette politique du bélier, elle n’a qu’un but : fournir à quelques milliardaires le levier suffisant pour devenir des puissances politiques, des puissances sans territoires et ubiquitaires pesant de tout leur poids sur le destin des nations à appauvrir par le développement.

Pour que la magie fonctionne, pour que le déséquilibre s’accroisse, il a fallu faire croire au troupeau que le monde n’avait pas changé, que les États étaient encore les pièces maîtresses de l’échiquier géopolitique mondial. Voilà pourquoi on a continué de parler des États-Unis, du Royaume-Uni ou de la France. Il ne fallait surtout pas qu’on voie que les hommes politiques ne sont plus que les missi dominici des puissances financières, que nos présidents et leurs sous-fifres pommadés ne sont plus que les proconsuls de l’Argent, les porte-paroles des volontés privées déguisés en représentants du peuple, arrachés aux urnes mais imbibés de l’encre d’une propagande qui ne sèche pas. Ces petits cadres shampooinés, tout droit sortis des ateliers de l’insignifiance, ont sur le masque tous les rictus de l’arrogance – l’imprésidentié Édouard Philippe et le recyclé Benjamin Griveaux excellent en ce domaine – et transpirent à pores redoublés la suffisance du parvenu qui se sait protégé du mécontentement populaire. Ces chefs de bureaux appointés vont de poignées de mains en embrassades, d’embrassades en palpations, et de palpations en frottis-frottas devant des caméras ignares qui filment mais n’expliquent rien car reproduisant la surface d’une réalité dont seule la profondeur nous intéresse. Les sans-dents les regardent célébrer vulgairement leur succès fantoche mais ne comprennent rien. Car ils regardent sans voir, écoutent sans entendre et déglutissent sans effort la bouillie qu’on leur fourre dans le gosier à l’entonnoir à chansonnettes. Regardez-les courir aux élections ! “Comme il est juste et bon de voter, gueulent-ils, ivres de joie, comme il est juste et bon d’accomplir ce devoir citoyen !” Élevés par leur acte à la dignité d’électeur, ils regardent avec un mépris assassin leurs concitoyens qui ne votent pas.

Ces esprits simples ne voient pas que tout est faussé, que le vote est devenu un rituel sans vie, une prière morte sous le ciel indifférent des grandes décisions, un cri resté accroché aux cordes vocales devant les estrades tambourinantes de la kermesse électorale. Car tout est confisqué, détourné et dévoyé dans nos démocraties. Le débat politique est devenu un petit théâtre clinquant où le Mensonge déroule en boucle sa transparence et ses vérités en omettant de nous dire que la vérité, la seule, c’est que l’Argent est au pouvoir et que le peuple peut bien se taire.

En France, l’Argent a posé sur le trône un costume neuf que l’électeur a choisi, un costume dont on a même donné le prix, un costume qu’il habite et peut mouvoir à sa guise, un costume sur-mesure aux propos prêts-à-porter. Et puisque nous vivons dans un pays intelligent, saturé de parisianisme assaisonné de salonnades, il nous a même offert un costume philosophe, un costume à pensée complexe et printanière, un costume à regard niais perdu rêveur dans les nuées cotonneuses du nombrilisme et de l’immaturité.

Regardez-les à côté des grands de ce monde ! Il paraît frêle mais il est en marche et c’est ce qui compte, en marche pour Sa Majesté l’Argent !

Bruno Adrie
28 janvier 2018

Photo : Alexis Tsipras et Jean-Claude Juncker


In cauda venenum


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