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La lettre de Léosthène, le 3 novembre 2010, n° 617/2010 - Cinquième année. Bihebdomadaire. Abonnement 350 euros.

Défense : accords franco-britanniques, avec arrière-pensées
Par Hélène Nouaille

http://www.leosthene.com/

lundi 8 novembre 2010, par Comité Valmy


Missile ASMP : missile aéroporté pouvant être mis en oeuvre par les forces aériennes stratégiques et emporté sous Mirage 2000N ou Super Etendard SEM.

Après avoir imposé le retour de la France dans l’organisation intégré de l’OTAN, Sarkozy enchaine la force de frappe nucléaire française à une grande Bretagne qui fait corps avec l’impérialisme américain. Nous pensons qu’il s’agit d’une décision gravissime autant qu’illégitime dans l’intégration à visée belliciste d’un ensemble euro-atlantiste en construction. Cette vision stratégique est liée, dans l’esprit de certains de ses initiateurs à la géopolitique du choc des civilisations.

Claude Beaulieu - Comité Valmy


Défense : accords franco-britanniques, avec arrière-pensées

“ Il faut penser qu’aucun accord sérieux n’existe encore pour resserrer la connivence stratégique avec les Etats Unis, du moins dans les termes impériaux hérités de l’Administration de G. W. Bush ” écrivait Alain Joxe dans le centième numéro du Débat stratégique, en janvier 2009. Or avec “ l’abaissement que le leadership politique américain subit avec la crise du système financier, on peut craindre que le système américain cherche à compenser cette diminutio capitis par des actions manifestant sa supériorité militaire ”. Mais, soulignait-il, parce que “ les paramètres américains de la sécurité globale de l’environnement par la dominance militaire sont nécessairement différents des paramètres européens du maintien de la sécurité (...) ” l’Union européenne va “ devoir reprendre en main quelques responsabilités ” (1).

Eh bien l’UE ne les reprendra pas – comme il était d’ailleurs prévisible et comme l’a confirmé, si besoin en était, la dernière réunion informelle des ministres de la Défense européens, tenue à Gand, début septembre. Plus que de coopération structurée permanente, ou d’une vision européenne qui n’existe pas en matière de politique de sécurité et de défense commune (PSDC), on a parlé économies. La conclusion ? « L’Union européenne n’a pas encore les moyens (de) tirer pleinement parti (des possibilités ouvertes par le Traité de Lisbonne), certainement en matière de PSDC », a résumé Pieter De Crem, le ministre belge de la Défense. Le constat d’échec a permis aux deux pays qui entretiennent à eux seuls 50 % des forces militaires opérationnelles européennes et 70% des dépenses de recherche et développement d’officialiser un accord préparé de longue date – y compris, de son propre aveu par Liam Fox alors dans l’opposition.

Ainsi le premier ministre britannique David Cameron et le président français ont-ils annoncé mardi 2 novembre un renforcement de leurs relations bilatérales – renforcement matérialisé par des “traités” et habillé différemment d’un bord à l’autre de la Manche. Le Secrétaire à la Défense britannique, Liam Fox, écarte selon la ligne traditionnelle de son pays, toute idée européenne : “ Trop souvent, le débat sur la défense en Europe a été centré sur ce que l’UE devait faire ou pas. Mais j’ai toujours pensé que la défense devait être une question de souveraineté et par conséquent une question intergouvernementale ”. Et dans ce cadre seulement, “ une alliance renforcée avec la France sera bonne pour la Grande Bretagne ” (2). D’ailleurs, “ maintenir une armée forte est devenu plus coûteux au moment où les budgets sont sous une pression croissante ”.

En France, c’est l’Elysée qui fait de la communication, en restant très prudent sur un texte qui ne sera pas rendu public et sur ce que peut être dans la réalité la coopération convenue en matière nucléaire où leurs efforts, consentis pendant plus de quarante ans, ont permis aux Français non seulement de garantir leur autonomie mais d’acquérir une maîtrise technologique unique dans le monde sur l’entretien et le développement des têtes nucléaires sans essais à l’air libre. Les Britanniques – sujet non abordé publiquement – dépendent entre autres choses, depuis les accords de Nassau signés en décembre 1962 entre le premier ministre Harold Macmillan et le président John Kennedy - déjà pour des raisons où les contraintes budgétaires ont joué un grand rôle - des vecteurs et donc de l’autorisation des Américains pour l’utilisation de leur force nucléaire.

Il y aura donc deux “traités cadre”, l’un concernant les forces opérationnelles et un certain nombre de coopérations classiques dans le domaine de l’armement, continuation et élargissement d’accords déjà existants et d’opérations conjointes occasionnelles, rationalisation de moyens en hommes et en matériel, l’autre le domaine du nucléaire : “ un second traité permettra aux deux pays de simuler, à partir de 2014, le fonctionnement de leur arsenal atomique dans un même laboratoire implanté près de Dijon, en Bourgogne (centre-est de la France). Un centre de recherche sera en parallèle ouvert aux spécialistes des deux pays, dans le sud-est de l’Angleterre ” nous précise l’AFP (3). “ Sur ce sujet très sensible, les deux pays ont tenu à démentir tout abandon de souveraineté : « Il n’y aura pas de double clé sur nos armes nucléaires (...) il n’y aura pas de partage de nos secrets nucléaires », a même assuré un responsable britannique ”.

Sans autre information, on ne peut qu’espérer que dans ce “domaine sensible”, une alliance renforcée avec la Grande-Bretagne sera bonne pour la France.

Et pour les autres Européens ? “ Entre Paris et Londres, la nouvelle entente cordiale sonne le glas de la défense européenne ” titre Jean-Dominique Merchet, rédacteur très bien informé du blog Secret Défense (4). “ Pas sûr que cela enthousiasme nos autres alliés européens et atlantiques, à commencer par les Allemands - avec lesquels les désaccords stratégiques vont croissant, comme sur la question du nucléaire ou du bouclier antimissile ”. Ce à quoi Liam Fox opposait, par anticipation, pour The Telegraph (2) : “ C’est Henry Kissinger qui disait que nous ne pouvons jamais garantir l’avenir de nos amis, mais que nous avons une meilleure chance de garantir le nôtre si nous savons qui sont nos amis. Une France forte et capable est dans l’intérêt de l’armée britannique. Des liens plus étroits avec la France ne signifient pas un affaiblissement des liens avec l’Allemagne, ni avec aucun autre allié de l’OTAN, pas plus qu’ils n’entament notre relation spéciale avec les Etats-Unis ”.

Ainsi n’est pas levée une ambiguïté essentielle qui justifiait le plaidoyer d’Alain Joxe pour une Europe de la défense autonome en janvier 2009 : “ Beaucoup des pays et des partis européens - et le Royaume Uni lui même - ne souhaitent pas du tout une défense autonome ; ils se contentent parfaitement de l’OTAN et de la prééminence américaine ”. Or “ l’OTAN est devenue une fabrique de coalitions ad hoc et une entreprise conquérante, offensive, par intrusion dans les antagonismes sans limites de l’Asie centrale. On est en droit de se méfier du rôle que cherchera à lui faire jouer le commandement américain, même après la victoire d’Obama. Les États-Unis, certes, promettent, de nouveau, une moralisation de l’action internationale par la promotion d’un idéal humaniste, mais ils diffèrent de l’Europe par le fait qu’ils souhaitent conserver un « droit » à l’usage unilatéral de la force en opérations extérieures et par le maintien de la mission impériale universelle réservée à l’Exécutif américain ” (5).

Le sujet est rarement abordé avec une telle netteté, il est pourtant fondamental : “ la Défense est une fonction de protection du peuple ” et nous sommes “ dans l’urgence de penser la défense des citoyens européens contre un dérèglement global, dont l’épicentre est aux États-Unis, mais dont les causes sont ubiquitaires, donc localisées aussi dans l’Europe néolibérale ”, dérèglement qui n’est pas qu’économique et financier. “ Il faut rester prêt en Europe pour se défendre contre la probabilité d’une guerre, à contrôler, de manière autonome, les facteurs militaires et la dynamique de la violence ” - nous ajouterons d’où que vienne le risque. Si l’accord franco-britannique démontre, au-delà des raisons économiques qui rendent une rationalisation des moyens nécessaire, logique et utile, que les risques de désordre mondial, y compris violents, sont bien présents à l’esprit des dirigeants, la solution retenue marque bien l’échec de l’idée européenne.

“ Le Général Gallois en 1994 écrivait son Livre Noir contre le Livre Blanc de 94, en cherchant, par cette bouteille à la mer - nucléaire - à maintenir, dans l’après guerre froide le principe d’une défense adossée à une politique, c’est à dire à une citoyenneté – française ” écrivait encore Alain Joxe, ardemment désireux d’étendre ce concept aux Européens. Voilà qui ne sera pas, pour l’heure. Il n’est pas question avec ces accords franco-britanniques, précise d’ailleurs Liam Fox, “ d’une poussée en vue de constituer une armée européenne à laquelle nous nous opposons. Il s’agit d’obtenir des capacités réelles et des résultats tangibles, et prouver que la coopération en Europe n’a pas toujours besoin de se situer à un niveau européen, mais peut se développer à l’échelon bilatéral entre deux Etats ”. Il y a de part et d’autre du réalisme – une totale autonomie conventionnelle est aujourd’hui inaccessible et contre performante, et la conscience que la survie d’une défense significative passe par une rationalisation. Prenons-en acte.

Pour le reste – le domaine de l’arme ultime de la défense, le nucléaire, gageons que les arrière-pensées, non exprimées, sont de part et d’autre à examiner.

Nous y reviendrons.

Hélène Nouaille

En accès libre :

Léosthène n° 275/2007 : Grande-Bretagne : l’arsenal nucléaire et la table des Grands

Notes :

(1) CIRPES, le 9 janvier 2009, Alain Joxe, La crise impériale et la menace de guerre mondiale. Pour une stratégie autonome de défense de l’Europe.

(2) The Telegraph, le 30 octobre 2010, Liam Fox, A closer alliance with France will be good for Britain

(3) Le Point, source AFP, le 2 novembre 2010, Rapprochement inédit entre Paris et Londres en matière de défense

(4) Marianne2, le 31 octobre 2010, Entre Paris et Londres, la nouvelle entente cordiale sonne le glas de la défense européenne

(5) Le président Barack Obama (Foreign Affaires, juillet 2007), cité par Alain Joxe : “Je construirai une armée du XXI° siècle et un partenariat aussi puissant que l’alliance anticommuniste qui a remporté la guerre froide afin que nous demeurions partout à l’offensive, de Djibouti à Kandahar.”

Léosthène, Siret 453 066 961 00013 FRANCE APE 221E ISSN 1768-3289. Directeur de la publication : Gérald Loreau (gerald.loreau@neuf.fr) Directrice de la rédaction : Hélène Nouaille (helene.nouaille@free.fr) Copyright©2010. La Lettre de Léosthène. Tous droits réservés.


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