COMITE VALMY

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Source : Blog de Paul Jorion

L’actualité de la crise : TOUT S’ENCHAINE ET TOUT S’EMMÊLE
par François Leclerc

jeudi 11 novembre 2010, par Comité Valmy


Cela va être au tour de l’Irlande de démâter un de ces prochains jours, prise également dans une forte tourmente obligataire. On croit assister au remake d’un film déjà vu.

Les autorités les plus autorisées ont dans un premier temps nié le besoin de toute assistance financière, comme en Grèce. Puis est venu le moment – nous y sommes – où cela est enfin envisagé, ne pouvant plus être repoussé, avant de passer enfin à exécution.

La suite de l’histoire est déjà connue, qui peut être encore calquée sur ce qui se passe en Grèce : les engagements pris auprès des nouveaux créanciers ne seront pas tenus, car si les mesures d’austérité seront bien prises, les prévisions de recettes ne se concrétiseront pas comme prévues.

Voilà les faits de la journée, qui montrent comment l’histoire est en train de bégayer. Après ceux de l’Irlande, du Portugal et de la Grèce, qui crèvent les plafonds, les taux espagnols jusqu’à maintenant plus sages se tendent nettement. Les CDS, qui expriment le coût des assurances contre la dette, suivent le mouvement. Ceux des Portugais ont dépassé les 500 points, pour la première fois, ceux des Irlandais sont montés à 620 points de base et ceux des Espagnols à 294 points. S’embarrassant de circonlocutions, le premier ministre grec George Papandréou, déjà à l’étape suivante, vient de reconnaître que le déficit public ne serait pas réduit comme prévu en fin d’année…

Olli Rehn, le commissaire européen à l’Economie et aux Affaires monétaires sort d’effectuer une mission à Dublin, dont il est revenu en affirmant, les yeux dans les yeux, que la question d’une aide européenne à l’Irlande n’avait pas été discutée. Deux jours après, depuis Séoul, José Manuel Barroso, président de la commission, admettait que l’Union européenne était prête, « en cas de nécessité » précise-t-il pour sauver la face, à aider l’Irlande. C’est réglé comme du papier à musique.

Comme si la coupe n’était pas assez pleine, on craint qu’une seconde vague de défauts sur les prêts hypothécaires ne déferle en Irlande, en raison de l’aggravation de la crise économique. Et que l’Etat n’ait à faire face, après avoir du rembourser les détenteurs d’obligations émises par les banques, à un nouveau créancier en la personne morale de la BCE, qui les finance dorénavant. La structure de défaisance mise en place, la NAMA, sonnant alors à nouveau à la porte pour être renflouée.

C’est un gouffre dont on ne voit pas le fond, une fois que l’on y est tombé. Raison pour laquelle les dirigeants portugais et espagnols s’efforcent sans grand espoir de rester sur ses bords.

Suivant les pays, les enchaînements de la crise ne sont pas nécessairement identiques, mais ils ont en commun d’être irrésistibles une fois engagés. Dans un premier stade, un soutien financier doit venir épauler des Etats dépassés par la situation. Dans un second, tout aussi inévitable, c’est un défaut de remboursement qui se profile. Désormais, c’est à celui qui sera le premier à s’y résoudre, entraînant les autres à sa suite.

A ce jeu de quilles, les meilleurs plans de bataille sont vite dépassés. Surtout lorsqu’ils utilisent des armes à vocation dissuasive. Ce sera le cas d’un fonds de stabilité (EFSF) sous-dimensionné, comme du nouveau mécanisme de crise tel que proposé par les Allemands, avant même qu’il ne soit porté sur les fonds baptismaux. Tout à leur logique et enfermés dans leur monde, les marchés ne se laissent pas intimider et exigent du concret.

Pratiquant avec un sens consommé l’art de la prophétie auto-réalisatrice, ils précipitent la crise. Sonnant l’échec de la stratégie sur laquelle l’Allemagne s’arc-boute, dont les résultats à l’exportation ne peuvent tirer comme prétendu l’Europe et lui permettre de résorber ses dettes. Pas plus que ceux, présumés, des Etats-Unis ne vont pouvoir le faire du monde, ainsi que l’affiche Barack Obama à Séoul. Dans les deux cas, ce ne sont que des échappatoires, faute de mieux.

Un jour ou l’autre, il va falloir passer par d’immanquables réductions de dettes, en vertu d’un mécanisme à inventer et qui tienne la route. Impliquant de prendre en considération à la fois la dette privée et publique, qui se tiennent si serrées par la main. Mais tout va être fait par les mégabanques pour éviter l’innommable, le renvoi de l’addition de la crise, pour règlement, au système financier. C’est pourtant sur ce mécanisme-là qu’il faudrait plancher. Il pourrait notamment impliquer la création de good banks par l’Etat, une fois transférés les dépôts, les bad banks laissées à leur triste sort, afin de ne pas nationaliser les pertes.

Toujours aux avant-postes, Goldman Sachs a confié à son économiste en chef, Erik F. Nielsen le soin d’étudier le problème, afin de prévenir cette désagréable éventualité. Exposant son analyse dans le Financial Times, celui-ci s’est efforcé de rassurer les investisseurs, en énumérant les obstacles de toute nature, techniques et juridiques, qui pourraient être mis en avant pour s’opposer à une restructuration aux frais des créanciers de la dette d’un pays. Pour suggérer une solution à ses yeux avantageuse, la constitution d’une sorte de FMI européen financé par des fonds publics, comme son grand frère. Rejoignant ensuite les proposition de Wolfgang Schäuble, ministre des finances allemand, il a suggéré que la participation des créanciers soit envisagée, si nécessaire, dans le cadre de nouvelles émissions obligataires (auxquelles il suffirait de ne pas souscrire, si on le comprend bien).

Une autre étude vient d’être publiée, sous la forme d’une proposition signée sous les auspices du Centre Bruegel – un think tank européen basé à Bruxelles – par un certain nombre de professeurs et chercheurs renommés : Jean-Pisani Ferry, François Gianviti, André Sapir, Jürgen Von Haguen et Anne O. Kruger. Cette étude reprend largement les conclusions auxquelles cette dernière avait abouti lorsqu’elle était directrice générale adjointe du FMI. Il s’agit de créer une procédure de faillite pour les Etats de même nature que celle des entreprises, sous l’égide non pas d’un tribunal du commerce (comme en France), mais de la Cour européenne de justice, qui pourrait créer une chambre spécialisée à cet effet.

Toutefois, les meilleurs mécanismes renvoient toujours à la même interrogation, qui ne peut être éludée : qui, en fin de compte, va payer la remise de peine que l’on pressent incontournable ?

A voir l’acharnement avec lequel les mégabanques se battent – avec succès – contre de nouvelles obligations anti-systémiques, et comment elles se préparent, fort du succès républicain au Congrès, à adoucir et contourner des pans entiers de la loi Dodd-Frank, dont la réglementation Volcker, on peut s’attendre à faire face à leur refus catégorique de s’engager sur cette voie. En proposant en lieu et place un refinancement des dettes publiques et leur rééchelonnement, afin de financer de la dette par de nouvelles dettes.

Une longue marche est engagée, cette fois-ci à reculons et non pas de travers. Celle du détricotage de l’ébauche de régulation financière, a peine commencée. Mais la conjonction des crises, américaine, japonaise et européenne, chacune avec sa logique propre s’affrontant aux autres, ainsi que leur élargissement mondial à la faveur de la guerre monétaire, est porteuse d’un nouvel et non des moindres accident de parcours.

Mervyn King, le gouverneur de la Bank of England, vient de déclarer craindre, à propos de la poursuite de celle-ci, si elle n’est pas stoppée, que « …les 12 prochains mois seront plus difficiles et dangereux que ce que nous avons traversé jusqu’à maintenant ».

Dans le meilleur des cas, le G20 va aboutir à un accord de principe afin d’entamer la réflexion sur « un nouveau cadre de coopération pour permettre aux taux de change de refléter les fondamentaux économiques et soutenir les nécessaires réformes structurelles », selon Tim Geithner.

Rencontrant à Séoul Barack Obama, le président chinois a entamé la négociation en lui déclarant, d’après son porte-parole, que la réforme du yuan « aura besoin d’une environnement extérieur très favorable et ne pourra être mise en œuvre que dans le cadre d’un processus progressif ». Combien faudra-t-il de G20 pour préciser le contenu de cet « environnement extérieur très favorable »… ?

11 novembre 2010

1 Message

  • Vendredi 12 novembre 2010 :

    La Grèce s’enfonce profondément dans la crise.

    La Grèce s’enfonce un peu plus profondément dans la récession, avec un PIB trimestriel en chute de 4,5% sur un an, de loin le plus mauvais des 27 pays de l’Union européenne (UE), qui donne à la crise grecque une allure de quasi-dépression.

    Alors que les magasins ferment les uns après les autres à Athènes, que l’inflation et le chômage s’envolent, le pays, qui prévoit pour 2011 une troisième année consécutive de croissance négative, n’en finit pas d’aligner les mauvais indicateurs, malgré un relatif assainissement de ses finances budgétaires imposé par l’UE et le FMI.

    Le décrochage est d’autant plus sévère que ces trois années noires interviennent après 13 ans de croissance ininterrompue, où la moyenne de hausse du PIB grec s’élevait à 3,7% par an.

    Vendredi 12 novembre, en publiant les chiffres du troisième trimestre 2010, l’autorité des statistiques grecque (Esa) a noirci le tableau des deux trimestres précédents en affichant des contractions plus sévères du PIB qu’annoncées initialement : à - 2,7 % au premier trimestre (contre - 2,5 %) et à - 4 % au deuxième (contre - 3,7 %).

    Par ailleurs, une série d’indicateurs publiés depuis le début de la semaine illustrent tous l’ampleur du ralentissement subi par le pays : chute de 7,1% de la production industrielle en septembre sur un an, hausse du chômage à un taux record (12,2%) en août. Les jeunes grecs sont les plus touchés, avec près du tiers de la génération des 15-24 ans non scolarisés, qui sont sans emploi.

    http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml ?num=b36f47ab2268c610dbe5f534aa68089f


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