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Syrie : la rivalité USA-Russie
grimpe encore d’un cran
Par M K Bhadrakumar

vendredi 23 février 2018, par Comité Valmy


Syrie : la rivalité USA-Russie grimpe encore d’un cran

La situation en Syrie est celle d’une véritable poudrière. Courons-nous le danger d’une troisième guerre mondiale ?

Un discours important du ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov au cours d’une conférence internationale sur le Moyen-Orient a versé dans la dénonciation la plus ferme, à ce jour, du changement de politique des USA en Syrie sous l’administration Trump. Le Pentagone a dorénavant l’intention de garder une présence militaire indéfiniment dans le pays. ( Ici et ici)

L’impression générale laissée par Lavrov est triple. Un, en termes immédiats, une escalade des combats en Syrie est à redouter, parce que les USA cherchent à créer une nouvelle donne de terrain en utilisant des forces par procuration locales – des milices kurdes, plus des groupes affiliés à Al Qaïda et des combattants de Daech [Selon Lavrov, les USA les laissent regagner du terrain dans les zones qu’ils occupent en Syrie, NdT] – et à reprendre l’avantage sur la Russie, l’Iran et le gouvernement syrien.

Deux, la Russie conclut que le changement de stratégie générale des USA vise à balkaniser la Syrie (plus tard lundi, alors qu’il parlait aux médias à Moscou, Lavrov a également attiré l’attention sur la présence de mercenaires et de forces spéciales françaises et britanniques dans le nord-est de la Syrie. Ces forces travaillent avec les USA à concrétiser les plans américains de création de zones d’influence.

Trois, la conversation entre Moscou et Washington au sujet de la Syrie est dans un impasse. Lavrov a spécifiquement expliqué aux USA qu’ils étaient en train de « jouer avec le feu » en Syrie, impliquant que la stratégie des USA va rencontrer une résistance.

Deux autres caractéristiques de la conférence de Moscou étaient que, un, le ministre des Affaires étrangères de l’Iran, Mohamad Javad Zarif y participait, et deux, l’événement mettait en avant le rôle de médiatrice de la Russie pour apaiser les tensions entre l’Iran et l’Arabie Saoudite.

Au cours d’une rencontre à Moscou lundi, Zarif a dit à Lavrov que Téhéran recherche l’aide de la Russie pour la résolution de ses dissensions intra-régionales dans le Moyen-Orient musulman. Plus tard, Zarif a posté sur son compte Twitter officiel, « Avec la perspective stratégique réaliste de la Russie et son influence montante en Asie de l’Ouest [Asie de l’Ouest, autre nom pour Moyen-Orient, NdT], elle peut jouer un rôle déterminant dans l’émergence d’un changement de paradigme centré sur le dialogue et l’inclusion dans le Golfe Persique. »

La conférence était suivie par des délégués non-officiels de plusieurs pays du Moyen-Orient, y compris l’Arabie Saoudite. Parallèlement, le roi Abdallah de Jordanie était en « visite de travail » à Moscou le 15 févier, et a rencontré Poutine. Le jour précédent, Lavrov avait parlé à son homologue égyptien Sameh Hassan Shoukry au téléphone. Le 19 février, Poutine avait également appelé le président turc Recep Erdogan au téléphone. Tous ces échanges tournaient autour de la Syrie.

La stratégie russe consistera à persuader ces importants États régionaux qui ont été des alliés majeurs des USA – notamment l’Arabie Saoudite et la Jordanie – de ne pas se joindre au conflit en Syrie en ajoutant un nouveau round de combats. Si cette approche marche, les USA peuvent se retrouver désavantagés par un manque de soutien régional envers leur stratégie de choix, l’option militaire.

Malgré tout, bien que les liens de la Russie avec l’Arabie Saoudite se sont notablement renforcés au cours de ces dernières années, la capacité de Moscou à jouer les médiateurs entre l’Arabie Saoudite et l’Iran reste à voir. La Syrie continue d’être une source majeure de rivalité entre les deux pays. Et, ironiquement, en fin de compte, l’administration Trump est en train de faire ce que l’Arabie Saoudite avait espéré que l’administration précédente Obama fasse : pousser agressivement au ‘changement de régime’ en Syrie à travers des méthodes coercitives.

Dans la perception saoudienne, la Russie a dernièrement subi une série de revers en Syrie. Pour résumer la situation syrienne, Ghassan Charbel, rédacteur en chef du très influent quotidien saoudien Asharq Al-Awsat a écrit lundi, « Jamais auparavant tous ces drapeaux, intérêts, dangers, armées, milices, divisions internes et conflits régionaux et internationaux ne s’étaient retrouvés sur le territoire d’un seul pays [la Syrie]. Du Sud jusqu’à Idlib et à Hmeimem et à Afrine, la Syrie est comme une poudrière. Elle est au cœur d’un vaste et complexe conflit géostratégique impossible à résoudre par la force et où les pertes et les récompenses finales seront difficiles à prédire… Les circonstances régionales et internationales ne semblent pas mûres pour… des pourparlers. La tragédie syrienne est ouverte aux possibilités les plus dangereuses. »

L’inclination saoudienne ira à l’attentisme, jusqu’à savoir comment le vent tournera. D’un autre côté, la guerre au Yémen reste la priorité N°1 de l’Arabie Saoudite. Riyad demande d’ailleurs à la Russie de faire jouer son influence auprès de l’Iran pour en finir avec la guerre au Yémen.

M K Bhadrakumar
20 février 2018

Traduction Entelekheia

Paru sur Indian Punchline sous le titre US-Russia rivalry surges in Syria


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