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L’ennemi commun des peuples

Afrine marque-t-elle l’effondrement
de l’influence américaine en Syrie ?
Par David P. Goldman

vendredi 23 février 2018, par Comité Valmy


Afrine marque-t-elle l’effondrement
de l’influence américaine en Syrie ?

L‘abandon des Kurdes par Washington ne leur a pas laissé d’autre choix que se tourner vers le gouvernement d’Assad et ses alliés russes. C’est l’échiquier de Moscou depuis.

Abandonnés à leur sort par Washington et bombardés par l’armée turque, les forces kurdes désemparées de la ville du nord de la Syrie Afrine ont demandé, et obtenu l’aide de la Russie. Un porte-parole de la milice kurde de l’YPG a annoncé le 20 février que le gouvernement soutenu par la Russie de Bachar el-Assad envoyait des renforts à Afrine pour assister les Kurdes. Selon plusieurs rapports, un convoi de forces pro-Assad sont entrées à Afrine sous le feu de l’artillerie turque, et le président de la Turquie Recep Erdogan a affirmé que les forces du gouvernement avaient dû battre en retraite. [Selon d’autres sources, les forces gouvernementales syriennes sont bien arrivées jusqu’à Afrine, bien qu’en petit nombre, NdT].

La situation au sol est confuse, mais ce qui est douloureusement clair est que les Kurdes ont été abandonnés par les États-Unis moins d’un mois après l’annonce par le Pentagone de la création d’une « force frontalière de 30 000 hommes au nord de la Syrie » majoritairement composée de Kurdes qui s’étaient battus contre Daech dans la zone. La Turquie a répondu à l’initiative américaine en envahissant le nord de la Syrie et en bombardant les Kurdes, tuant, selon les rapports, plusieurs centaines de civils au passage. Par déférence envers la Turquie, les USA n’ont rien fait. Les Kurdes ont en conséquence sollicité l’aide de la Russie.

Comme l’a écrit Alfred Hackenberger dans le quotidien allemand Die Welt le 19 février : « La Russie serait dans le camp des vainqueurs dans le cas d’une alliance militaire kurdo-syrienne. Cela étendrait notablement le contrôle militaire russe sur le pays. Et la Turquie devrait stopper son opération d’Afrine, parce qu’une confrontation avec des soldats syriens l’enverrait dans un conflit ouvert avec la Russie. »

Le siège d’Afrine semble certes un épisode mineur dans la longue et consternante histoire de la guerre en Syrie, mais il peut marquer le moment où l’influence des USA dans la région se sera irrémédiablement effondrée. Entraînés par les forces américaines et allemandes, les Kurdes représentaient la seule force efficace au sol à être restée indépendante du gouvernement Assad soutenu par la Russie, après la défaite des milices sunnites soutenues par les USA, la Turquie et l’Arabie Saoudite. La résurgence kurde en Syrie, toutefois, a déclenché l’ire de la Turquie, qui craint qu’un gouvernement autonome kurde en Irak et en Syrie ne se lie avec la population kurde de plus en plus numériquement importante de la Turquie. Plus de la moitié de la population turque de moins de 40 ans sera ethniquement kurde dans les années 2040.

Après ses expériences douloureuses en Irak et en Afghanistan, les USA ne veulent plus mettre un pied sur le terrain au delà des quelques centaines de forces spéciales déployées en ce moment en Syrie. Les Kurdes ont combattu Daech en tant que supplétifs de l’OTAN et souhaitaient une alliance avec les USA par-dessus tout. De l’autre côté de l’échiquier, les Turcs sont des membres de l’OTAN uniquement nominalement et peuvent être hostiles à des intérêts américains-clés. Entre autres choses, la Turquie aide la Russie à contourner l’Ukraine dans ses livraisons de gaz au sud de l’Europe via le pipeline TurkStream. Les Turcs marchandent pied à pied avec la Russie, mais ils finiront par jouer son jeu.

Malgré tout, Washington est paralysée par la peur de voir la Turquie quitter l’OTAN si elle soutient concrètement les Kurdes. « Personne ne veut être le type qui a perdu la Turquie », a dit un officiel de l’administration US.

La vision par défaut du Pentagone est qu’une autonomie kurde créerait une situation de chaos en Irak, en menaçant l’intégrité territoriale du pays. Le gouvernement chiite actuel de l’Irak est aujourd’hui un allié de l’Iran, et des milices irakiennes sous commandement iranien sont déployées en Syrie. Un peu de chaos supplémentaire en Irak renforcerait la main des USA au détriment de l’Iran.

Mais pour Washington, la voie de moindre résistance a consisté à utiliser les Kurdes pour combattre Daech, puis à ensuite les lâcher. Cela n’a pas laissé d’autre choix aux Kurdes qu’en appeler au gouvernement Assad et à ses soutiens russes. En conséquence, la Russie est dorénavant la principale alliée à la fois du gouvernement Assad et des milices kurdes auparavant considérées par les USA comme leur infanterie dans la région.

Israël, le seul véritable allié des USA dans la région, en a immédiatement compris les conséquences. Michael Oren, le ministre adjoint de la diplomatie publique du Premier ministre Benyamin Netanyahou, a dit à Bloomberg le 12 février, « La partie américaine de l’équation est de nous soutenir, » mais les USA « n’ont pratiquement plus de moyens de pression sur le terrain. Les USA n’ont pas fait monter la pression à temps en Syrie. Ils sont hors-jeu ».

Deux jours plus tard, un F-16 israélien a été abattu par un missile de défense aérienne au-dessus de la Syrie. Selon la plupart des rapports, une batterie de DCA syrienne a tiré un missile russe A-7 de l’époque de la Guerre froide et abattu l’avion, mais selon d’autres rapports non confirmés, une équipe russe aurait abattu l’avion avec un missile S-200. Si c’est vrai, la Russie voulait probablement faire comprendre à Israël qui commande l’espace aérien syrien.

La diplomatie d’Israël avec la Russie semble avoir porté ses fruits. Le 19 février, l’agence Tass relayée par RT a cité le ministre des Affaire étrangères Sergueï Lavrov, « La Russie condamne les remarques de l’Iran selon lesquelles Israël devrait être rayé de la carte et pense aussi que pour résoudre les problèmes régionaux, il ne faut pas les envisager en termes de conflits avec l’Iran. » RT ajoute, « Il a fait cette déclaration à l’ouverture du forum de discussion internationale de Valdaï, au cours de la conférence ‘La Russie au Moyen-Orient : Sur tous les terrains’. De plus, a dit Lavrov, « les tensions entre Israël et l’Iran grimpent, et il y a des raisons historiques à cela ».

La Russie ne veut pas d’une guerre entre Israël et l’Iran, mais elle veut être la puissance régionale qui équilibrera les deux pays et les empêchera de se battre. Israël est de toute évidence dépendant de Moscou après la débâcle d’Afrine qui, dans les mots de l’ambassadeur Oren, a laissé les USA sans moyens de pression en Syrie. La force frontalière kurde était le dernier pion américain à jouer sur l’échiquier syrien, et Washington l’a abandonné. Il est difficile de voir à quel autre moyen de pression les USA peuvent dorénavant recourir.

«  Les Américains jouent au Monopoly, les Russes jouent aux échecs » était le titre d’un essai que j’ai publié il y a dix ans sur cet espace. Pour l’administration US, les actifs américains dans la région sont comme des hôtels dans un jeu de Monopoly, à protéger individuellement et à mesure des besoins. Aucune stratégie unifiée ne les classe par ordre d’importance, ou ne jauge s’ils peuvent être sacrifiés à des buts plus étendus. Pour sa part, la Russie voit ses actifs comme des pièces sur un échiquier dont la seule fonction est de contribuer à la victoire finale. Washington n’a pas de stratégie – c’est-à-dire, pas d’objectif d’état final à atteindre – pour la Turquie, la Syrie ou l’Iran. Et si vous ne savez pas où vous allez, toutes les routes vous mèneront vers nulle part.

Par David P. Goldman
21 février 2018

Traduction a Href=" http://www.entelekheia.fr/afrine-marque-t-leffondrement-de-linfluence-americaine-syrie/">Entelekheia

Source :
Afrin marks the point of collapse for American influence in Syria


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