COMITE VALMY

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Obama déterre le bouclier - par Manlio Dinucci

lundi 22 novembre 2010, par Comité Valmy


Voir en ligne : A Lisbonne, lancement de l’OTAN global par Manlio Dinucci et Tomasso Di Francesco

Le 21 novembre 2010

Il manifesto

Dans la déclaration du Sommet de Lisbonne, les chefs d’Etat et de gouvernements des pays de l’OTAN on annoncé hier avoir « décidé de développer une capacité de défense balistique pour protéger toutes les populations européennes de l’OTAN, leurs territoires et leurs forces, et invité la Russie à coopérer avec nous ». Revoici entré par la fenêtre celui qui était sorti par la porte, à savoir le plan originaire du « bouclier » antimissile, que le secrétaire d’Etat Robert Gates avait recommandé au président Obama d’écarter pour le remplacer par un autre « plus adapté ». C’est ce nouveau « bouclier » qui est à présent accepté par les alliés européens.

Comme en informe l’OTAN même, il est conçu pour protéger avant tout non pas les populations et le territoire, mais les « forces déployées », c’est-à-dire celles qui sont déployées pour des opérations belliqueuses dans des zones extérieures au territoire géographique de l’Alliance. Le système, appelé Active Layered Theatre Ballistic Missile Defence System (Altbmd), devrait être en mesure d’intercepter les missiles balistiques à court et moyenne portée (avec une portée maximale de 3.000 Kms). Le programme Altbmd, lancé en 2005 après une étude de faisabilité qui a duré sept ans avec la participation de huit pays parmi lesquels l’Italie, est dirigé par un général de brigade italien, Alessandro Pera. Le système, qui a atteint cette année sa première capacité opérative, devrait être mis au point d’ici 2018.

Le système de protection des « forces armées » sert à présent de base du « système de défense balistique pour la protection du territoire de l’OTAN », que le USA réaliseront en Europe avec l’accord et la collaboration de ses alliés. Dans la première phase, qui sera terminée en 2011, les USA déploieront en Europe des missiles intercepteurs Sm-3 à bord de navires de guerre. Dans la seconde, qui deviendra opérative vers 2015, ils installeront une version potentialisée de ce missile, avec base terrestre, en Europe centrale et méridionale. La Roumanie et la Bulgarie ont déjà mis à disposition leur propre territoire. En Pologne est déjà en cours l‘installation d’une batterie de missiles Patriot, gérée par une escadre de soldats états-uniens, dans la ville baltique de Morag, à environ 50 Kms de la frontière avec la Russie. Les Sm-3 arriveront donc à bord de vaisseaux états-uniens, déployés en Mer Baltique et, ensuite, les missiles potentialisés avec des bases à terre. Le radar fixe, qui aurait dû être installé en République tchèque, sera remplacé par un système plus efficient fondé sur des avions, satellites et senseurs terrestres. L’Italie aussi, certainement, accueillera des missiles et autres composants du « bouclier » états-unien. Robert Gates lui-même le confirme indirectement quand il parle de leur installation en Europe méridionale.

A Washington on continue à répéter que le « bouclier » en Europe n’est pas dirigé contre la Russie mais servira à faire face à la menace des missiles iraniens. A Moscou, on a par contre considéré jusqu’à présent qu’il était une tentative d’acquérir un avantage stratégique décisif sur la Russie. De fait il est clair que le nouveau plan prévoit, par rapport au précédent, un nombre plus grand de missiles déployés encore plus près du territoire russe. En outre, puisque ce seront les Etats-Unis qui le contrôleront, personne ne pourra savoir si ce sont des intercepteurs ou des missiles pour l’attaque nucléaire. Et, avec les nouveaux systèmes aéroportés et satellitaires, le Pentagone pourra surveiller le territoire russe plus efficacement que ce qu’il peut le faire aujourd’hui.

Les craintes de la Russie, qui a jusqu’à présent dit qu’elle voulait s’opposer au « bouclier » par des « méthodes adéquates et asymétriques », sont-elles terminées ? On peut se demander : quelles garanties réelles, pas seulement verbales, a donné Washington à Moscou pour démontrer que le « bouclier » ne sera pas utilisé contre la Russie ? Ou qu’ont donné, en échange, les USA à Moscou pour qu’elle ne fasse pas opposition ? Et l’éventuel consensus de Moscou ne sera-t-il pas simplement une passe diplomatique ? Quoi qu’il en soit, une chose est certaine : le « bouclier » sera non pas une protection mais une chape de plomb qui pèsera sur l’avenir de l’Europe.

Il manifesto, 21 novembre 2010

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe.


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