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Le très populaire Poutine
se prépare à la guerre froide 2.0
Par PEPE ESCOBAR

dimanche 6 mai 2018, par Comité Valmy


Le très populaire Poutine se prépare à la guerre froide 2.0

Alors que l’hostilité de l’Occident dirigée par les Etats-Unis contre Moscou s’accroît, le nouveau gouvernement de Vladimir Poutine est appelé à devenir un cabinet de guerre

Immédiatement après son investiture officielle lundi, le président russe Vladimir Poutine devrait annoncer un nouveau gouvernement. Et une bombe est en préparation. Le nouveau cabinet sera forcément une Stavka, c’est-à-dire un cabinet de guerre.

Dans le contexte de l’interminable saga de Russiagate, des sanctions américaines de plus en plus dures, la mascarade Skripal (qui, d’ailleurs, a totalement disparu du cycle des nouvelles occidentales) et l’escalade sérieuse en Syrie – par opposition à la tentative de la Russie, de l’Iran et de la Turquie de parvenir à un processus de paix à Astana – c’est une option quasi inévitable choisie par le Kremlin.

Il y a quatre ans, l’ancien officier militaire Yevgeny Krutikov, chroniqueur de Vzglyad, exposait ce qui constituait les lignes rouges russes pour les Etats-Unis et l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord : Ukraine, Géorgie, Finlande, Suède, « les actions hostiles de la Lituanie et de la Pologne » contre l’enclave de Kaliningrad et la navigation dans la Baltique, et enfin, l’Arctique, « presque l’idéal de toutes les bases disponibles pour lancer une première frappe, à la fois par des armes nucléaires et des armes stratégiques non nucléaires de haute précision.

Pourtant, la nouvelle ligne rouge absolue est la Syrie – telle que récemment délimitée par le ministère russe de la Défense : toute attaque contre des biens ou du personnel russes sera accueillie avec une réaction dévastatrice.

Plus important encore, la technologie de missile ultramoderne de la Russie, annoncée par Poutine dans son discours marquant du 1er mars, pose de sérieuses questions à l’empire naval américain.

Les dépenses militaires de Moscou ont diminué de 20% en 2017 pour atteindre 66,3 milliards de dollars, selon un rapport publié cette semaine par l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI). Il s’agit de la première baisse annuelle en près de 20 ans.

Comparez-le avec les dépenses militaires combinées de 29 pays de l’OTAN en 2017 : 201 milliards de dollars.

Sans parler des dépenses militaires des États-Unis, relativement stables, pour la deuxième année consécutive, à 610 milliards de dollars. Mais le SIPRI dit que cela va augmenter, du fait de « la modernisation des armes conventionnelles et nucléaires ».

Mais le cœur du problème n’est plus l’énorme décalage entre les budgets militaires russe et OTAN/USA ; c’est le fait que Moscou peut lancer des missiles hypersoniques en série – rapides et bon marché – comparé à la capacité du Pentagone à construire des porte-avions de plusieurs milliards de dollars.

Les Eurasianistes contre les Atlantistes

Les analystes russes ont confirmé à Asia Times qu’une Stavka est en train de se constituer – traduite en un collectif serré et cohérent, déterminé à concevoir des solutions pragmatiques dans un contexte d’économie de guerre, sur tous les fronts. Cela implique une coordination extrêmement étroite entre le Kremlin, le ministère de la Défense, l’état-major, toutes les agences de sécurité et le complexe militaro-industriel russe.

Sergey Sobyanin, actuellement maire de Moscou, a de bonnes chances d’être le prochain Premier ministre. Le candidat idéal pour le complexe militaro-industriel aurait été le ministre de la Défense, Sergey Shoigu, ou même le vice-Premier ministre actuel Dmitri Rogozine. Mais il est pratiquement certain que Poutine, pour des raisons complexes de concurrence interne, choisira Sobyanin.

Les sanctions américaines sont un facteur décisif. Rogozin a été frappé par des sanctions en 2014. Shoigu et Sobyanin ne font l’objet d’aucune sanction – pour le moment. En conséquence, la fortune de l’actuel Premier ministre Dmitri Medvedev est en train de s’effriter.

Ce n’est pas un secret que dans les plus hautes sphères du pouvoir en Russie, une bataille épique fait rage depuis plus d’une décennie entre les souverainistes eurasiens – soutenant Poutine – et les intégrationnistes atlantiques – soutenant Medvedev. La pulsion eurasienne est orientée vers un monde multipolaire et l’intégration eurasienne (Nouvelles Routes de la Soie, Union économique eurasienne). La tendance atlantiste est que la Russie soit acceptée par l’Occident comme un partenaire égal – une perspective devenue maintenant pratiquement impossible.

Les atlantistes contrôlent totalement la banque et la finance russes, y compris la banque centrale. Dans les faits, l’économie russe est dirigée par le Consensus de Washington. Du point de vue des souverainistes eurasiens, c’est la plus grande menace pour un système nationaliste stable avec en tête un Poutine extrêmement populaire.

Poutine, en public, soutient constamment la Banque centrale de Russie et l’équipe économique liée à Medvedev. Cela ne doit pas être pris au pied de la lettre. Les analystes racontent à Asia Times une série récente de critiques sérieuses à leur encontre sur toutes les principales chaînes de télévision russes.

Le test définitif, après l’annonce de la Stavka, est donc de savoir s’il y aura une sorte de répression politique contre la Banque centrale de Russie et les alliés de Medvedev. Il n’est pas exagéré de dire que les attentes à ce sujet sont aussi élevées que pour la Coupe du monde en juin.

Sur le pont (de Crimée)

Parallèlement à Moscou, le resserrement du jeu géopolitique ne peut que rester à l’ordre du jour, comme en témoigne le dernier débat du Club Valdaï à Shanghai fin avril, centré sur la manière dont la Russie et la Chine devraient coordonner leurs stratégies pour construire « La Grande Eurasie ».

Cela inclut, bien sûr, de contourner le dollar américain dans le commerce bilatéral ; renforcer l’Organisation de coopération de Shanghai ; et solidifier la symbiose de la Chine en tant que consommateur et de la Russie en tant que producteur de biens.

Les analystes Sergey Karaganov et Yu Bin, par exemple, s’accordent sur ce que Karaganov définit comme « la guerre unilatérale de l’Occident contre la Chine et la Russie ». Un consensus se dégage sur le fait que le meilleur moment pour former un nouvel ordre mondial multipolaire est dans les 10 à 15 ans.

Pratiquement en même temps, et aussi totalement sous le radar des médias corporatistes occidentaux, les représentants de pas moins de 71 pays se sont rencontrés en Crimée lors du quatrième Forum économique international annuel de Yalta .

C’est l’une des principales réunions d’affaires russes, avec le Forum économique de l’Est à Vladivostok, le Forum de l’investissement de Sotchi et le Forum économique international de Saint-Pétersbourg, qui se tiendra fin mai.

En février 1945, Winston Churchill, Franklin Roosevelt et Josef Staline se sont rencontrés à Yalta pour dessiner le monde de l’après Seconde Guerre Mondiale – qui a fini par se constituer en Guerre froide. Aujourd’hui, dans un environnement de guerre froide 2.0, la Russie repositionne la Crimée comme un centre de débat sur la coopération mondiale – avec un aéroport international flambant neuf et un pont de Crimée , couvrant 19 kilomètres à travers le détroit de Kertch, et ouvert au trafic à la fin de mai, six mois en avance sur le calendrier.

C’est ça « l’agression russe ».

PEPE ESCOBAR
5 mai 2018

Traduction : Avic Réseau International

Source :


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