COMITE VALMY

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Mondialisation.ca, Le 2 decembre 2010

Wikileaks, un programme secret ?
par Pierre Bellefeuille

jeudi 2 décembre 2010, par Comité Valmy


Il semble se créer depuis quelque temps tout un « buzz » autour de Wikileaks. Par nature, je me méfie de tout « buzz » amplifié par les médias de masse.

Quelle est la véritable nature de Wikileaks ? On y laisserait ressortir des documents compromettants pour les pouvoirs dominants de la planète, dont les États-Unis, et ce, par centaines de milliers de documents. Ce n’est pas peu dire ! Les médias de masse reprennent instantanément les infos Wikileaks, ils publient sans recul, alors que les bases mêmes de la rigueur journalistique voudraient qu’on valide chaque source. Qui a le temps de valider des centaines de milliers de documents, à la vitesse où l’information doit circuler de nos jours ? Les médias sont placés dans une situation d’hypercompétitivité où on a de moins en moins le temps de classer et valider les informations, la nouvelle à sensation divertie et dissout assurément l’analyse critique.

J’ai visité le site Wikileaks pour la toute première fois hier. Tiens donc on aurait eu le temps de classer par catégorie des centaines de milliers de documents ! Intéressant ! Cela nécessite certainement une très grande coordination, et une gestion centralisée pour ne pas perdre la rigueur de classification, ce qui n’est pas en soi un travail d’amateur ! Pour les sources, il me semble qu’on doit être très au fait de tout ce qui se passe sur notre belle planète au niveau diplomatique, ce qui ne pourrait provenir que de quelques centres très précis d’où il serait difficile de laisser sortir autant d’information. Pourquoi ces infos sortent-elles tout d’un coup ? Je ne crois pas au hasard, ni à la bonne volonté de quelques bien intentionnés individus à l’égard de la communauté internationale. Peut-être que je fais erreur ici et que je ne comprends rien à tout ça.

Si on va sur Wikipedia, on nous donne quelques informations sur Wikilieaks.

On nous dit que Wikileaks a des serveurs sur des territoires protégés ! Hum ! Dans ce contexte, qui peut prétendre être protégé dans ce monde ? L’histoire démontre très bien que nul n’est protégé lorsque vient le temps de renverser un gouvernement pour servir les intérêts des prédateurs néoimpériaux.

Des documents en apparence compromettants

Depuis quelques jours, on laisserait sortir des documents apparemment très compromettants, annoncés plusieurs mois d’avance, nuisant à la sécurité de milliers de personnes, dont des ambassadeurs, risquant de dégrader les relations diplomatiques internationales. Enfin, ces infos sur le plan stratégique ne sont-elles pas tout aussi dangereuses que le prétendu danger que représentait Sadam Hussain ? On a pendu Sadam sans aucune pudeur ! Avec les moyens que les superpuissances ont à leur disposition, il me semble qu’il leur serait relativement facile de neutraliser Wikileaks, je présume.

Dans les faits, les médias nous ont inondés de banals potins, rien de plus ! Pourtant, l’administration américaine crie au crime. Ça ne surprendra personne. Quel est l’effet recherché ? Entretenir la peur des réseaux sociaux ? Mieux contrôler la libre information ?

Cela dit, aurait-on des objectifs autres que ceux ouvertement affichés par les dirigeants de Wikileaks ? Un de ces objectifs serait de révéler au monde le vrai visage des politiques étrangères des États-Unis. Face à cet objectif et aux informations présentées sur Wikileaks, les gens de pouvoir martèlent le message que cela porte atteinte à la sécurité du monde, comme si eux-mêmes étaient garants de cette sécurité, alors qu’ils ont tout mis en place pour une véritable économie de guerre, telle que celle que nous connaissons depuis le 11 septembre 2001. Ils saignent véritablement plusieurs populations de la planète sans qu’aucun organisme puisse équilibrer ou arbitrer les rapports de force. Le libre arbitre d’une superpuissance et ses alliés prévaut sur tout le reste.

Et si Wikileaks n’était qu’un outil mis en place pour insérer l’idée que la libre information peut être dangereuse ! Pour mieux le comprendre, on doit lire « L’Utopie de la communication » écrit par Philippe Breton, dans lequel on décrit très bien par quels mécanismes une population donnée peut se retourner contre son propre gouvernement lorsque celui-ci n’arrive plus à justifier ses propres guerres.

Dans un contexte d’après crise économique où on force plusieurs gouvernements à sabrer sauvagement dans leurs programmes sociaux, les justifications de la trop coûteuse guerre préventive s’essoufflent un peu partout, certains gouvernements ont tout intérêt à s’assurer de ne pas perdre l’appui de leur population respective. Monsieur Breton nous dit à la page 136 de son livre : « …il est tout aussi certain que les réseaux de demain pourront servir à ficher les gens et à réduire les libertés. Il n’y a donc aucune contradiction à dénoncer à la fois le caractère illusoire, abstrait et transitoire des projets utopiques en matière de communication et à en dénoncer les applications qui ne manqueront pas de survenir, quand elles ne sont pas déjà parmi nous. »

L’exemple de la guerre du Vietnam est un bon exemple, la population civile qui avait une conscience aiguë des maux reliés à cette guerre a changé graduellement d’opinion forçant le gouvernement des États-Unis à abandonner cette guerre.

Je ne peux pas prouver ce que j’avance ici, mais il se pourrait très bien que les centrales d’intelligence, dont la CIA et autres se servent de Wikileaks pour supporter d’éventuels projets législatifs cherchant à mieux contrôler la libre circulation des informations sur internet. Si j’ai raison, on préparerait donc les populations à accepter une plus grande censure des canaux d’information internet en laissant croire que la libre information menacerait la sécurité du monde. Une nouvelle chasse aux sorcières serait peut-être en train de naître.

La réalité fabriquée

Tout aussi éclairant. Nous devrions tous avoir en mémoire « La manufacture du consensus » écrit par Noam Chomsky, lequel démontre sans équivoque les astuces utilisées pour amener les populations à croire les versions fabriquées dans les médias de masse, servant les intérêts des élites politiques, des multinationales, etc.

Les stratèges des multinationales et des politiciens ne manquent pas de souffle et ont souvent plusieurs stratégies simultanément. C’est Karl Rove, ancien stratège sous l’administration Bush qui disait en parlant des États-Unis : « les États-Unis sont si puissants qu’ils ne se contentent pas de la réalité, ils la fabriquent ».

Une autre hypothèse associée à Wikileaks pourrait être une tentative de déstabiliser le monde dans son ensemble justement pour justifier une plus grande économie de guerre, voire le déclenchement d’un conflit plus large à l’échelle de la planète.

On pourrait aussi se servir de Wikileaks comme un détecteur de mouchards, car avec les adresses IP il est relativement facile pour les centrales d’intelligence de faire du repérage et éloigner les individus indésirables.

Encore une hypothèse : en saturant les médias à des moments choisis, avec des infos Wikileaks, on pourrait utiliser Wikileaks comme un écran de fumée pour détourner l’attention du public d’autres situations qui mériteraient entièrement notre attention. Par exemple, lors des événements de septembre 2001, en plein battage médiatique, sous le gouvernement de l’Angleterre, des proches de Tony Blair auraient suggéré de relancer certains programmes d’énergie nucléaire, alors que ceux-ci avaient été décriés par l’ensemble de la population.

Cela dit, les gens le moindrement informés savent que le monde est très instable actuellement, et il me semble qu’il le restera encore longtemps, tant que l’économie de guerre perdurera. Les États-Unis peinent à se relever de la crise 2008-2009 en partie créée par quelques initiés de la Golman Sachs.(1)

L’économie de guerre se finance à même des systèmes de crédit, de la dette des autres pays, des pays les plus pauvres qui rapportent plus de 300 milliards de dollars en intérêts annuellement aux pays les plus riches. C’est ce que fait ressortir Jean Ziegler dans sons livre « L’empire de la honte » publié en 2005. Monsieur Ziegler démontre qu’on asservit les populations mondiales par la dette et la faim. Une véritable ignominie ! Il me semble que le FMI, les grandes banques centrales, et les maisons de notation de crédit jouent un rôle fondamental de déstabilisation dans le but de tirer des profits servant à assoir la souveraineté de leurs maîtres néoimpériaux et de leurs alliés au sein de l’OTAN. Les grands exploitants de ce monde savent très bien tirer profits des situations instables, Naomi Klein dans son livre « La stratégie du choc » fait très bien ressortir cette dimension.

En conclusion

Enfin, quoi de mieux qu’un outil tel que Wikileaks pour à la fois déstabiliser et contrôler le monde, à la source, au niveau de l’information, dans le but éventuel de restreindre davantage la liberté de la presse. L’industrie de la peur et de l’insécurité me semble être le vecteur principal par lequel tous les abus de pouvoir peuvent se justifier. La liberté d’expression, la capacité des peuples à s’organiser ou se synchroniser sur des valeurs différentes, à rêver d’autre chose qu’une économie de guerre, c’est possiblement un obstacle à contourner pour les pouvoirs en place.(2)

Et si je n’avais rien compris, qu’en fin de compte Wikileaks peut effectivement être une source fiable et laisser sortir des documents compromettants, et que face à cela on tente simplement d’inonder Wikileaks de potins pour diluer les informations sensibles. Wikileaks est peut-être infiltré par des organes de pouvoir qui se servirait de ce site pour faire passer autre chose ? Tout est relié en politique : contrôle de l’information, économie, réseautage, espionnage, etc.

Pendant cette période sombre que nous traversons, (3) je crois qu’il est très important de préserver à tout prix la liberté d’expression, pour que s’expriment la vitalité et la volonté des peuples, pour qu’un monde autre puisse naître, un monde plus respectueux, plus paisible pour les enfants et les générations à venir.

Ai-je tors ?

Notes

(1) Pour mieux comprendre les mécanismes ayant mené à la crise économique 2008-2009, je recommande de lire le Triomphe de la cupidité écrit par Joseph Stiglitz.

(2) Nous n’avons pas besoin d’aller bien loin, l’opacité du gouvernement canadien Harper en dit très long. Les coupures que le gouvernement Harper a faites dans les subventions de recherché en sciences sociales ne laissent présager rien de bon, c’est une manière très directe d’empêcher une société de créer des grilles d’analyse, « connecting the dots » comme disent les Anglais, de se prendre en main selon des valeurs tout autres que celles promulguées par le néolibéralisme sauvage et son mantra mensonger du maché s’autoéquilibrant en l’absence de régulation. Monsieur Stiglitz dénonce ouvertement cette supercherie.

(3) On pourrait faire des parallèles avec le Moyen-Âge. Sur ce sujet l’article de Michel Chossudovsky : « La sainte croisade des États-Unis contre le monde musulman » :

Bibliographie :

- Breton, Phillippe. L’utopie de la communication, Paris, La Découverte 1997

- Stiglitz, Joseph E.. Le triomphe de la cupidité, Les liens qui libèrent, Paris, 2010

- Klein, Naomi. la Stratégie du choc, Leméac/actes Sud, France, 2008

- Ziegler, Jean. L’empire de la honte, Fayard, Paris, 2005

3 Messages de forum

  • Encore faudrait il, pour vouloir démontrer les dangers d’une libre information, qu’il en existe réellement, ce qui peut être discuté, aux Etats Unis aussi.... M.R
  • Bravo ! Cette article résume tout a fait ce que pense la majorité silencieuse, Il est claire que c’est une manipulation globale, et qui sert la réalité que fabrique les zuniens, comme le confirme Le prince des ténèbres (Karl Rove).
    • Wikileaks, un programme secret ?
      par Pierre Bellefeuille
      6 décembre 2010 17:19, par Beatrix

      Pour le citoyen-lambda, les livraisons de Wikileaks sont ardues au déchiffrage, lui qui ne baigne pas les mêmes eaux que les chroniqueurs politiques ou judiciaires. Malgré tout Wikileaks pose à chacun la question du choix de la posture avant le positionnement.

      "Celui qui a toujours nagé à contre courant ne craint pas de se laisser emporter par le courant pendant un temps pour explorer le lit du torrent. Il le remonte ou le quitte quand il le veut". Me dis-je tout bas.

      Néanmoins, il est intéressant de remettre la question de la liberté d’expression ET de la presse sur la table périodiquement. De toute façon, on n’évitera pas à certains omnivores de s’intoxiquer quand il y a abondance à disposition. Ne l’ont-ils pas été pourtant quand il y a eu rationnement chronique !

      Dans le cas Wikileaks, OWNI a opté pour une posture souple et ouverte qui me fait penser à celle de la communauté des développeurs de logiciels libres. L’observation ne peut nuire. C’est le courant des révélations qui doit passer avant d’en vouloir fabriquer une opinion. La nouveauté est que Wikileaks pose le problème à destination du journalisme politique : enquêter ? investiguer ? Répéter tel quel ? façonner (fabriquer) ? La dernière option semble toutefois difficile à réaliser car Wikileaks livre des cables bruts, sans décryptages, sans explications, sans précisions contextuelles et géographiques. Donc, je crois que cette matière première est renvoyée à leurs auteurs à la manière d’un miroir qui renvoie leur image. Cette matière est, je le crois, principalement destinée aux journalistes spécialisés. A eux d’en utiliser ou pas et de l’y rendre lisible et c’est la rédaction du message finalisé qui sera déterminante.

      Pour la première fois, la présence de matières premières va faire douter de la véracité de chaque affirmation servie par les médias. Elle va obliger ces professionnels à se distinguer les uns des autres jusque dans leurs rangs hiérarchiques.

      Voir en ligne : 6 questions sur WikiLeaks, le Napster du journalisme » Article » OWNI, Digital Journalism


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