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1830-2009 : De l’adresse des 221 à l’appel des 24 - Jean-Yves Crevel

lundi 2 novembre 2009

POINT DE VUE

Las de se soumettre au mauvais roi Charles X qui ne tendait qu’à profiter du pouvoir, à restaurer l’absolutisme et à brader les intérêts du royaume, 221 députés organisent une insurrection légale en refusant de voter le budget. S’ils y mettent les formes jusqu’à la flagornerie, il n’échappe à personne qu’il s’agit d’un changement de régime : dès lors que le blocage des décisions de l’exécutif par l’assemblée est considéré comme légitime, on sort de l’absolutisme.

Les termes employés dans la fameuse "Adresse de 221" de 1830 sont, en 2009, d’une brûlante actualité, extraits : "il se manifeste dans les esprits une vive inquiétude [...] Notre conscience, notre honneur, la fidélité que nous vous avons jurée, et que nous vous garderons toujours, nous imposent le devoir de vous en dévoiler la cause."

"la Charte (aujourd’hui, la Constitution) [..] consacre, comme un droit, l’intervention du pays dans la délibération des intérêts publics. Cette intervention [...] est positive dans son résultat, car elle fait du concours permanent des vues politiques de votre gouvernement avec les vœux de votre peuple la condition indispensable de la marche régulière des affaires publiques. "

"Notre loyauté, notre dévouement, nous condamnent à vous dire que ce concours n’existe pas. Une défiance injuste des sentiments et de la raison de la France est aujourd’hui la pensée fondamentale de l’administration ; votre peuple s’en afflige, parce qu’elle est injurieuse pour lui ; il s’en inquiète, parce qu’elle est menaçante pour ses libertés."

"Cette défiance ne saurait approcher de votre noble cœur. Non, Sire la France ne veut pas plus de l’anarchie que vous ne voulez du despotisme ; elle est digne que vous ayez foi dans sa loyauté, comme elle a foi dans vos promesses."

Charles X répondit que "ses résolutions étaient immuables", que "l’intérêt de son peuple le défendait de s’en écarter", que "ses ministres feraient connaître ses intentions" aux députés frondeurs.

Si l’appel des 24 sénateurs de 2009 semblent être une très pâle copie de l’illustre adresse, elle procède exactement de la même logique : s’emparer du vote primordial, celui du budget, pour signifier à l’exécutif qu’il est sous la tutelle d’un pouvoir supérieur, le législatif qui, tenant, les cordons de la bourse, peut bloquer les institutions et, soit avoir le dernier mot, soit provoquer de nouvelles élections.

En 1830, Charles X n’a pas supporté cet affront : ses dernières décisions souveraines furent de dissoudre la Chambre, de changer le mode électoral et de suspendre la liberté de la presse.

Le résultat fut sans appel : un soulèvement général, La révolution de Juillet ou "les 3 Glorieuses", contraint en trois jours Charles X à abdiquer, ainsi que son fils qui dut contresigner l’abdication. Louis-Philippe fut nommé Lieutenant-Général du Royaume par les députés insurgés puis devint roi pour 18 ans.

Nicolas Sarkozy saura t-il tirer la leçon de cette histoire, en évitant de suivre le mauvais exemple de Charles X ? Dominique de Villepin, lui se verrait bien dans le rôle de Louis-Philippe... Mais l’Histoire ne se répète jamais à l’identique.

http://www.decapactu.com/spip/article.php3 ?id_article=485


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