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Patrick Artus contre les évidences du bon sens - La Lettre Volée

mercredi 26 mai 2010

Il est fascinant de constater à quel point les médias peuvent imposer le formatage des discussions politiques.

Il est admis sur le plan international que les dettes publiques sont le problème du moment et en France qu’il n’y a rien de plus urgent que de résoudre le problème des retraites. Difficile de sortir de là.

On peut donc voir un François Bayrou opposé à Stiglitz en une du Monde, imposant son bon sens paysan qui en appelle à la rigueur budgétaire au beau milieu d’une crise sans précédent.

Contre cela, il est intéressant de lire, sous la plume de l’économiste en chef de Natixis, Patrick Artus, que le bon moyen pour sortir de la crise aujourd’hui n’est pas de réduire la dépense publique, mais d’élever les salaires dans le secteur privé...

Sa note à ce sujet mérite lecture, j’en reproduis l’introduction :

Dans la totalité des grands pays de l’OCDE, le partage des revenus se déforme ou va se déformer au détriment des salariés.

La hausse induite de la part des profits dans le PIB est dans la plupart des pays peu utile, car elle ne finance pas un supplément d’investissement des entreprises en raison de la situation d’excès de capacité de production.

L’affaiblissement de la demande des ménages qui résulte, d’abord de l’arrêt de leur endettement, puis maintenant de la déformation du partage des revenus, est une des causes essentielles des déficits publics et de la hausse des taux d’endettement public.

Compte tenu de la situation des finances publiques, il serait efficace d’éviter la déformation du partage des revenus au détriment des salariés, ce qui soutiendrait la demande privée et contribuerait à la réduction des déficits publics.

La conclusion vaut aussi le détour :

La faiblesse des salaires renforçant celle de la demande intérieure contribue à l’ouverture des déficits publics. Etant données les difficultés de financement aujourd’hui rencontrées par les Etats, il vaudrait mieux éviter la déformation du partage des revenus au détriment des salariés et réduire, ce qui serait alors plus facile, les déficits publics.

Conclusion pour qui sait lire : pas la peine de réduire les déficits publics si l’on ne soutient pas les salaires dans le même temps, la priorité étant le soutien des salaires, qui ont décroché par rapport à la hausse de la productivité.

*

A envoyer à François Bayrou et à tous ceux qui essaient de redorer leur blason en jouant aux pères fouettard à bon compte et à mauvais escient.

25 mai 2010


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