En dévoilant le mois dernier sa nouvelle appellation, la société Lyon Airports (ex-aéroports de Lyon), gestionnaire des plates-formes de Bron et Saint-Exupéry, ne pensait sans doute pas s’attirer les foudres du préfet de région. Mais c’était sans compter l’aversion de Jacques Gérault pour les anglicismes. Dans un courrier adressé le 20 mars au président du directoire de Lyon Airports, le représentant de l’Etat, actionnaire à 60 % de la société, a donc demandé le retrait de cette appellation, jugeant « inadmissible que certaines institutions sous-estiment le poids économique et culturel de la langue française ». « Il est plus essentiel d’ouvrir davantage Aéroports de Lyon à l’international par une politique commerciale dynamique que de n’engager qu’un simple changement de nom », a encore estimé le préfet dans un communiqué.
Jacques Gérault, préfet de la région Rhône-Alpes et préfet du Rhône, représentant de l’État actionnaire à 60 % de la société, a demandé et obtenu jeudi 26, lors du conseil de surveillance, le retrait de cet anglicisme, jugeant inadmissible que certaines institutions sous-estiment le poids économique et culturel de la langue française.
L’agence Brainstorming, qui avait trouvé la nouvelle dénomination Lyon Airports, prévoyait également de lancer un consumer mag, un trimestriel pour les passagers, et d’appliquer leur stratégie de low stress airport . Le changement d’appellation aurait au total coûté près de 200 000 euros.
Merci à Jacques Gérault !
Merci à un préfet d’avoir fait respecter la Constitution1 et la Loi2
Il peut paraître étonnant de féliciter un Préfet de le faire mais n’en sommes-nous pas là quand chaque jour nous apporte son lot de démissions, de soumissions et de piétinements de notre langue, de notre culture et donc de notre âme : l’anglais langue de travail au sein d’entreprises françaises en France même, colloques tenus en anglais en France sur fonds publics, cours d’université en anglais, affiches, dénominations... Comme il est étonnant d’ailleurs que de grands élus de la République comme Gérard Collomb qui préside le Grand-Lyon (Courly), Michel Mercier qui préside le conseil général du Rhône et Jean-Jack Queyranne qui préside le conseil régional Rhône-Alpes qui à eux trois contrôlent 15 % du capital des aéroports de Lyon n’aient émis aucune objection à ce piétinement caractérisé de notre langue et par là même de nos institutions. Incompétence ? Démission ? Ignorance ?
Pour la petite histoire (la toute petite histoire) Brainstorming, l’agence qui a imaginé ce baptême anglomaniaque, dont le nom même indique le camp, se permettait de détourner une déclaration d’amour d’Anatole France à la langue française pour justifier son idéologie servile et mercantile : pour porter notre excellence française et nos valeurs, pour être entendu et compris, adaptons-nous à nos interlocuteurs. Ce qui si l’on a bien compris, Jean-François Bourrec, revient à dire pour porter notre excellence française devenons anglo-saxons.
Pour la première fois depuis longtemps je suis fier d’un haut représentant de l’État et cela me montre qu’à ce niveau, ma conception de la République et ma conception de la France existent encore. Encore merci monsieur Gérault !
Raoul d’Avenac
Voir également nos nouvelles précédentes consacrées à cette affaire : Lyon est-elle toujours en France ? et Lyon Airports ne passe pas !
Voir le Billet de Robert Solé dans Le Monde : French Republic et l’article des Échos : Pas d’anglicisme pour "Lyon Airports"
1 La langue de la République est le français (article 2 de la Constitution)
2 L’emploi d’une marque de fabrique, de commerce ou de service constituée d’une expression ou d’un terme étrangers est interdit aux personnes morales de droit public dès lors qu’il existe une expression ou un terme français de même sens approuvés dans les conditions prévues par les dispositions réglementaires relatives à l’enrichissement de la langue française. Cette interdiction s’applique aux personnes morales de droit privé chargées d’une mission de service public, dans l’exécution de celle-ci. (article 14 de la loi du 4 août 1994)