Disparition .
Il était un des plus grands chefs de la Résistance. Il est mort hier à 88 ans.
Avec Serge Ravanel, mort hier matin à l’âge de 88 ans à l’hôpital du Val-de-Grâce, c’est une des plus hautes figures de la Résistance qui disparaît. En 1941, celui qui s’appelle encore Serge Asher a 19 ans et vient d’entrer à l’École polytechnique. Il a rejoint la Résistance dès le mois d’avril, distribuant tracts et journaux clandestins, notamment la revue Temps nouveaux qu’a interdite le gouvernement. Au mois de décembre, il crée son propre groupe de résistance et, ses études terminées, en juin 1942, il plonge complètement dans la clandestinité : animateur de Libération-Sud, arrêté à plusieurs reprises, s’évadant ou se faisant libérer par un groupe franc de son organisation. Son épopée croise et recroise les pas de Jean Moulin, de Lucie et de Raymond Aubrac ; les coups de main les plus audacieux sont tentés au coeur de Lyon, puis à Toulouse où il est nommé, le 6 juin 1944, chef régional des FFI - ils sont 50 000 - et colonel par le général Koenig. Il en sera un remarquable organisateur, impulsant une guérilla incessante. Il coordonnera les combats de la Libération du 17 au 24 août 1944 au cours desquels seront faits 13 000 prisonniers et seront capturées 300 000 tonnes de matériel. Devenu commandant de la Région militaire de Toulouse, il constitue les unités régulières qui plus tard participeront à la libération d’Autun et réduiront la poche de Royan.
Mais à la fin de 1944, le jeune colonel communiste est gravement blessé lors d’un étrange accident lors d’une mission à Paris. Diplômé d’état-major, compagnon de la Libération, il démissionne en 1950 d’une armée qui regarde d’un mauvais oeil ces officiers pétris des valeurs de la Résistance. « Nous résistions pour fabriquer du futur », expliquait-il, en soulignant qu’il s’agissait d’« un groupe qui s’opposait à la pensée officielle, qui lui était rebelle » (1). Cet esprit de résistance constitue au fond le fil rouge d’une vie qui s’était, comme celles de toute une génération des années de tourmente, « accoutumée à donner la priorité à l’intérêt général par rapport à l’intérêt particulier ». Il manifestait aussi une passion pour cette exception française qui avait permis au pays, « à plusieurs reprises dans son histoire, de trouver au plus profond de (lui-même) des forces pour faire face à des situations qui mettaient en cause son avenir », et il n’oubliait pas comment les jeunes insurgés des années quarante mettaient consciemment leurs pas dans ceux des « va-nu-pieds » de 1793.
Lorsqu’il était communiste comme lorsqu’il ne le fut plus, Serge Ravanel cherchait à correspondre à la définition qu’il donna de son ami, l’historien Jean-Pierre Vernant, auquel l’unissait une fraternité d’armes à Toulouse : « Un homme bien, un citoyen véritable. » Membre des cabinets de Jean-Pierre Chevènement à la Recherche, la Technologie et l’Industrie de 1981 à 1983, il s’était plus tard engagé comme président de la Plate-forme des ONG pour la Palestine, prônant « face à la stratégie de guerre qui est celle d’Israël et des États-Unis, une stratégie de paix » (2). Et, avec d’autres compagnons de la clandestinité, il avait lancé un appel retentissant « à faire revivre l’esprit de résistance ». Lançant ce signal d’alarme : « Il est temps… »
(1) L’Humanité Dimanche
du 18 au 24 octobre 2007.
(2) L’Humanité du 5 mai 2008.
Patrick Apel-Muller